PALOMBE

Comme vous avez pu le lire sur le site, le parcours n°6 sera consacré au mois d’Octobre à la palombe.
Une découverte de cet oiseau dans sa migration, mais également dans les modes de chasse ancestraux pratiqués dans le Sud-ouest de la France.
Connaissant plus particulièrement les chasses aux filets dites pantières, je pourrais vous en parler longuement, fort de mon expérience vieille de plus de 40 ans.
Plus de 40 ans d’observation et de suivi de cette palombe, qui m’ont apporté tant de bonheur. Des histoires, des anecdotes, j’en ai plein la tête, mais la plus belle est celle que je vais vous conter aujourd’hui. Une histoire personnelle entre cet oiseau et moi, une histoire qui a marqué à jamais le cours de ma vie.
Gardée secrète durant plusieurs années, ce n’est que courant 2016 que je me décidais a la révéler. Pour cela, j’ai écris un conte, un conte pour une palombe. Noora puisque tel je l’ai nommée.

 

NOORA MA PETITE FINLANDAISE,

Octobre, octobre le mois de la maladie bleue pour la majorité des habitants du Sud-ouest de la France, qu’ils soient chasseurs ou pas.
Octobre et son vent de Sud que plus de 2 millions de palombes vont affronter dans leur migration vers la péninsule Ibérique. Répartis au Nord-est de l’Europe (Finlande, Norvège, Suède, Pologne, Ukraine, etc.) soit près de 5000 km de large, ces oiseaux dans leur voyage vers le Sud, vont se retrouver dans un goulet d’à peine 50 km entre l’Océan Atlantique et les portes du Béarn afin de franchir les Pyrénées.
Depuis des siècles maintenant, la Columba Palumbus de son nom latin, effectue chaque année ce voyage vers l’Eldorado espagnol et portugais afin d’y rencontrer des températures plus clémentes pour passer l’hiver et tout cela au péril de sa vie. Outre la longueur du voyage, la fatigue et les conditions climatiques, de nombreuses embûches l’attende pourtant tout au long du parcours. Ce sont les chasseurs, paloumayres pour l’Aquitaine et le Midi Pyrénées, usotarak pour le Pays basque. Ces chasses ancestrales sont devenues tradition dans ces régions et d’aucun ne manquerait d’être présent en ce mois d’octobre sur leur palombière, leur poste de tir ou leur pantières. Durant cette période, toute une vie s’arrête, je veux parler de la vie professionnelle bien sur. Ne demandez pas un plombier, un maçon, l’on vous répondra : »il es là haut, revenez en novembre ». Pourtant, depuis quelques années, cet oiseau n’intéresse pas que les chasseurs seulement. Il y a bien sur les gastronomes, mais surtout une foule de passionnés qui chaque année s’émerveillent du spectacle offert par ces palombes dans le franchissement des cols Pyrénéens.

Ayant pour ma part rangé mon fusil en 1974, je suis depuis cette année là devenu à mon tour spectateur. Un spectateur assidu qui, du 10 Octobre au 11 Novembre ne raterait pour rien au monde ce phénomène. Car quoi de plus majestueux que ces vols de palombes bataillant ferme contre le vent dans le franchissement des cols, parés à cette époque là des couleurs automnales. Quoi de plus majestueux que leur bruissement d’ailes. Frrr, frrr,frrr, je suis venu pour cela et comme je me plais à le dire chaque année: « maintenant que je l’ai entendu, je peux mourir ».
Dans une vie de spectateur, il y a bien sur des événements et parmi ceux là il y en a de plus marquants que d’autres. Je vais donc vous narrer ici celui qui pour moi aura le plus bouleversé ma vie de passionné de cette migration, fait qui à l’époque m’avait inspiré l’écriture du conte qui va suivre.
Octobre 1986. Ayant délaissé provisoirement mon poste d’observation d’Etxalar, je m’étais rendu cette année là et ce pour 15 jours dans une chasse au filet du Pays basque. Chasse dont je tairais le nom et vous comprendrez pourquoi plus tard.
J’allais assister ici à ce spectacle, dissimulé dans un tunnel fait de branchages et de fougères, situé entre 2 rangées de filets. 2 filets cages et une pantière sur la droite, idem sur la gauche. Cette position ne permettant pas de voir les vols au loin ni le travail des rabatteurs, nous n’étions les filetiers et moi même avertis de leur évolution que par les sifflets de ces hommes perchés sur des pylônes atteignant plus de 15 m de hauteur. Le champ de vue pour nous au sol était d’à peine 50 m, mais quel spectacle lorsque les vols rasant le sol à une vitesse phénoménale sous l’effet des palettes lancées par les rabatteurs, entraient ou n’entraient pas dans le piège. Cela faisait maintenant 8 jours que j’assistais à cette chasse avec bien sur des fortunes diverses. Le vent et d’autres faits naturels venant bien souvent contrarier nos palombes, celles ci au dernier moment passaient soit au dessus soit sur les côtés des filets, mais heureusement pour nous, nous comptabilisions à ce jour quelques belles prises.

Alors qu’après avoir tendus les filets les rabatteurs regagnaient aux aurores leur poste, la journée des filetiers était organisée comme un rituel. Café pris dans un cayolar servant d’intendance et de cuisine, avant de regagner le tunnel d’observation, puis casse croûte mais là à tour de rôle selon le passage. Idem pour le repas de midi précédé bien sur, d’un petit apéritif auquel j’étais convié tous les jours. J’avais donc sympathisé avec ces hommes, âgés pour la plupart de plus de 60 ans et dont la majorité chassait ici depuis quasiment leur enfance. N’étant pas tous les jours en nombre et voyant mon assiduité, ils me proposèrent alors de leur donner un coup de main. Mon rôle consistait lors de la prise d’oiseaux à me rendre vers l’un des mâts de soutien des filets, de saisir la corde et de hisser ces derniers dès la cueillette des palombes terminée.
En ce 24 octobre, après maints échecs, nous prenions enfin un vol en tout début d’après midi. Le déjeuner ayant été particulièrement copieux, bon nombre de filetiers étaient assoupis sur leur banc du poste de guet, quand tout à coup un coup de sifflet strident retentit. Chacun regagnait alors son poste et c’est par l’effet des cris des chatars et des palettes lancées que nous aperçûmes un vol d’une cinquantaine de palombes rasant les hêtres situés à l’entrée du piège. Virevoltant de droite à gauche, plongeant, remontant et même retournant, ce n’est qu’à l’ultime leurre qu’ enfin elles piquèrent comme des fusées vers les filets. Les filetiers actionnèrent alors la manette qui leur était dévolue, décrochant ainsi les filets maintenus en haut des mâts avant que ceux ci ne s’abattent inexorablement sur les palombes. Les hourras et les bravos fusaient alors, mais pas de temps à perdre, il fallait procéder à la récolte le plus rapidement possible, au cas ou bien sur un nouveau vol serait en vu. Si certains de ces oiseaux se retrouvaient maillés, parfois très haut d’ailleurs, notamment dans les filets dit cages, la plupart gisaient au sol ce qui rendait leur cueillette plus aisée. A cet effet, les filetiers étaient vêtus d’une large veste lacée à la ceinture et c’est par l’encolure qu’ils y faisaient entrer les prises. Se retrouvant plongés dans le noir, les oiseaux étaient alors apaisés et ainsi mes camarades pouvaient poursuivre leur quête en toute quiétude.
Emboîtant leur pas au sortir du tunnel, je me dirigeai vers mon mât, mais mon regard fût attiré par une palombe gisant au sol. Effectivement, je n’avais pas la berlue, cet oiseau n’était pas dans le filet et se trouvait donc totalement libre. Probablement dû à l’impact sur le maillage, il était tombé sur l’herbe et comme la poche du filet n’est maintenue au sol que par de grosses pierres, il avait été projeté hors du piège. Tétanisé comme il l’était, ce pauvre oiseau ne s’était pas rendu compte qu’il était dès lors libre de tout mouvement et s’est sans peine que je le saisissais. Mais pas le temps pour moi de m’attendrir et après l’avoir placé sous ma chemise, il me fallait au plus vite saisir la corde de relevage. Mon cœur battait comme jamais je ne l’avais entendu battre. Mais en réalité, était ce le mien? Oui, c’était bien le mien, mais également celui de ma petite palombe et nos deux cœurs mêles battaient à l’unisson.
Le filet maintenant relevé, nous nous retrouvions tous sous le tunnel. Là, les usotarak gonflés comme des bibendums par le nombre d’oiseaux que renfermait leur veste, se rendirent dans le cayolar afin d’y déposer leur butin dans les caisses prévues à cet effet. Dans un premier temps, ces oiseaux étaient conservés vivant. Ils deviendront plus tard des appeaux pour les nombreux paloumayres et usotarak chassant en palombière au posé, tout en offrant un substantiel revenu pour mes camarades filetiers. Pour d’autres par contre, moins chanceux, ils alimenteront les restaurants alentours où ils seront servis rôtis à la broche ou en salmis aux
nombreux gastronomes accourus de toute la France.
Pour ma part, je reprenais sans mot dire mon poste d’observation, une petite lucarne ouverte entre les fougères par mes soins depuis mon arrivée. Quant aux filetiers, tous avaient repris leur affût, manettes entre les mains, dans l’attente d’un nouveau vol. En effet cette prise avait eu pour effet de décupler leur motivation et tous y croyaient encore. Serais ce alors cette motivation que je partageais également qui leur en aurait fait oublier ma présence? Effectivement, l’on m’avait oublié et j’en déduisais que personne ne m’avait vu cueillir cet oiseau. Je me retrouvais donc seul dans mon coin, seul non, car la chaleur de ma palombe contre ma poitrine me rappelait sa présence. Son cœur comme le mien d’ailleurs s’était apaisé. Était elle toujours vivante? Il me fallait prendre une décision. Non, ma petite palombe, tu ne finiras pas en appeaux, tu ne finiras pas sur les fourneaux, ton cœur s’étant mêlé au mien, tu étais mienne. Nos deux vies ne faisaient qu’une, deux vies de liberté.
J’attendis encore quelques minutes avant de m’éclipser derrière le cayolar, simulant un besoin naturel, puis j’extirpais ma palombe de ma chemise. Avec soulagement, je constatais qu’elle était toujours vivante, avec juste un petit filet de sang sur le bec dû probablement à l’impact sur le filet. Donc rien de grave, d’autant plus que je sentais cette fois dans mes mains son cœur battre. Un battement régulier et calme, le battement d’un être serein. Nos regards se croisèrent alors, deux regards pleins de complicité. Oui Noora, puisque ainsi je te nommais, tu n’était pas prisonnière de ce filet, le destin en avait décidé ainsi, tu poursuivras donc ta route. Cette route pour laquelle tu était venue, cette route vers le Sud où tu retrouveras toutes tes amies sous un doux soleil. Mes lèvres frôlèrent alors sa tête et je lui susurrais à l’oreille : » soit prudente ma petite palombe, ton chemin est encore long ». J’écartais alors mes mains et malgré quelques instants d’hésitation comme pour me remercier ou peut être me dire au revoir, Noora s’envola. Elle s’envola haut dans le ciel et à ma grande satisfaction dans la bonne direction. Mon regard, la suivit jusqu’à perte de vue, un regard maintenant troublé par une petite larme.
Heureux de ces instants inoubliables que je venais de vivre, je regagnais finalement mon poste. Mes camarades filetiers n’en surent jamais rien. Cette histoire était mienne, mienne mais également celle de ma petite palombe. Peut être, l’auraient ils compris, mais il me faudra plusieurs années pour la révéler et écrire le conte qui suit.

CONTE,

Par un bel été de l’année 1986, naissait en Fennoscandie, région du Nord de l’Europe, Noora. Noora était une Columba Palumbus mais, ici en Finlande tout près de Oulu où ses parents avaient bâti leur nid, elle était nommée sepelkyyhky.
Son plumage maintenant constitué, Noora allait et venait dans ces immenses forêts de sapins où elle se nourrissait de diverses graines et invertébrés. Pourtant, dès l’approche de l’automne, la vie de cette palombe allait changer du tout au tout. Comme le lui avaient enseignés ses parents, il fallait partir, déménager en quelque sorte mais, momentanément, juste pour l’hiver. Ici dans ces régions boréales, le froid et la neige allaient faire leur apparition, privant tous ces oiseaux de nourriture, même si Noora n’avait jamais connu ces conditions. Qu’était ce le froid pour elle, qu’était ce la neige pour elle? Non Noora ne le savait pas, mais on lui promettait des jours meilleurs avec de la nourriture en abondance au bout de ce grand voyage.
« Mais, où se trouvait donc ce paradis » demandait elle?
« Il te faudra en compagnie de millions d’autres oiseaux parcourir près de 3500 km pour rejoindre l’Espagne et le Portugal, là bas tout au Sud de l’Europe » lui répond dit on. Son père renchérissant : » nous effectuons ce voyage tous les automnes, avant dès le printemps suivant de retrouver nos chères forêts du Nord qui t’ont vu naître ».

Même si les derniers rayons de soleil de ce mois de septembre réchauffaient encore le plumage de la petite Noora, il fallait se rendre à l’évidence: il fallait partir. Maintenant, toutes les sepelkyyhky des environs étaient réunies, attendant le signal du départ. Longeant le golfe de Botnie, Noora entrait en Suède où là, elle rencontrait Bjorn un beau pigeon suédois, plus connu ici sous le nom de ringduva. Tout deux décidèrent donc d’effectuer le voyage ensemble mais, le temps n’étant pas à la roucoulade, le couple franchissait dès le lendemain via Falsterbo la mer Baltique, avant d’entrer au Danemark. Elles étaient déjà des centaines de milliers en transit dans ce pays où ici elles se voyaient affublées du nom de ringdue. Survolant une multitude d’îles sur l’une desquelles les tourtereaux s’accordèrent quelques instant de repos, l’Allemagne était en vue. Devenus maintenant ringeltaube, nous croisions alors nos sœurs venues de Pologne, elles nommées grzywacz comme les holub hrivnac Tchèques. Ici les paysages étaient totalement différents de ce que nous avions rencontrés depuis notre départ. Les lands et les forêts se succédaient, alors qu’apparaissaient les premiers contreforts des massifs montagneux contraignant Noora à prendre un peu plus d’altitude. Atteignant le Rhin, ces petits poumons étaient mis à contribution, tant la pollution atmosphérique se faisait ressentir ici dans ce bassin de la Ruhr. Les nombreuses torches de fumée montant des usines la contraignaient alors à de nombreux changements de cap. Dès lors, les vols se divisaient. Certains optaient pour une entrée en France via le Luxembourg, d’autres via la Belgique, alors que les plus aguerries survolaient le Jura.
Dans ce duché du Luxembourg que Noora traversait sans peine, elle était devenue bëschdauf, alors que ses sœurs entrant en Belgique était tout simplement des pigeons ramiers et des raimie dans le Doubs. Devant elle, s’étendait maintenant notre pays, ce pays si riches en diverses céréales, baies et fruits de toute sorte. Elle allait enfin pouvoir s’alimenter à presque s’en gaver durant les quelques jours de repos qu’elle s’accorderait avant de franchir l’obstacle Pyrénéen. Ce repos tant attendu, était pourtant parsemé d’embûches. De la Loire au Pays basque, Noora était maintenant devenue l’objet de convoitise de milliers de chasseurs. Ignorant jusqu’à ce jour l’existence des armes à feu et des nombreux pièges tendus sur sa route, elle découvrait soudain une maladie que l’on ne croyait réservée qu’à l’homme: le stress. Même si ici, les champs et les forêts regorgent de victuailles, celles ci en ont un prix comme l’apprendra notre petite palombe. Chaque haies, chaque buissons, chaque arbres peuvent constituer un réel danger. Et comment ne pas se méfier de tous ces colombins que l’homme appelle appeau, dressés malgré eux pour nous attirer vers leur fusils ou leurs filets. Durant cette semaine passée dans le Sud-ouest de la France, Noora, comme une palombe déjà aguerrie allait pourtant éviter tous ces pièges mais, il était grand temps de partir. Oui partir vers ces sommets Pyrénéens, rampe de lancement vers cet éden ibérique dont on lui parlait tant.


Nous sommes le 28 Octobre 1995, 6 heure du matin. Ici tout proche de Pomarez (40), alors que la lune et les étoiles n’en finissaient pas de briller, une certaine agitation régnait à la cime de tous les pins. Après ces deux dernières journées durant lesquelles une pluie fine tombait sans discontinuer, nos ailes finalement sèches, nous nous apprêtions au grand départ. Un peu alourdie par cette période de bombance, Noora déployait ses ailes, entraînant avec elle Bjorn et ses milliers d’amies. Passant au travers d’un brouillard a couper au couteau, nous découvrions un ciel limpide dès le franchissement de l’Adour, poussées en cela par un léger vent de Nord-est un tantinet frisquet tout de même. Au loin déjà se dressaient les Pyrénées et il allait nous falloir penser à monter haut dans le ciel. Les premières salves de tir retentissant, les vols maintenant se divisaient et nous nous étalions de l’Océan au portes du Béarn, laissant derrière nous quelques amies atteintes par les plombs des chasseurs. Montant de l’Artzamendi, le soleil commençait à réchauffer notre plumage, alors que les lumières des grandes villes nous guidaient vers notre objectif.
Nous sommes au Pays basque, au pays où l’on nous nomme Urtxoa. Au pays où nous rendons les hommes malades d’une maladie dite bleue. Au pays où sont tendus des filets afin de nous capturer, pour finir en salmis. Au pays où tous les dix mètres sur les crêtes des fusils nous attendent. Au pays de Krixtian. Pourtant, il faudra passer et même si certaines d’entre nous paieront de leur vie leur audace, il nous faut coûte que coûte atteindre notre but. Nous approchons de Sare et plus particulièrement d’Etxalar. Malgré deux chasses aux filets et de nombreux postes de tir sur un rayon d’à peine 2 km, Noora depuis plusieurs années maintenant ne dévirait d’ aucune façon sa route vers le Sud, car un rendez vous l’attend au col de Lizarieta.


« Il est là, j’en veux pour preuve une fois de plus mon cœur qui bat la chamade. Il est là, comme à son habitude appuyé sur son piquet de clôture, le béret vissé sur sa tête. Il est là, lui qui il y a quelques années de cela me laissait la vie sauve dans cette chasse aux filets. Lui dont le cœur s’était mêlé au mien et lui qui m’avait recommandé la plus grande prudence. Bien sur, il ne me distinguera probablement pas au milieu de toutes mes sœurs, mais pourtant, je reste persuadé qu’il sait que je suis là. Une nouvelle fois, je vais plonger dès la première palette, puis faire demi tour comme pour lui faire admirer mon plumage, avant de lui donner rendez vous pour l’année prochaine je l’espère. Malgré les cris, la fusillade et surtout une grande peur, je franchis sans encombre le col. Mon cœur s’est maintenant apaisé, apaisé de l’avoir vu. Plongeant en territoire espagnol, je ne suis pas sauvée pour autant car, d’ici l’Estremadure et l’Alentejo, le chemin sera encore long et parsemé d’embûches. Enfin Salamanque, terme de notre voyage pour Bjorn et moi même ainsi que nos amies où ici nous sommes plus connues sous le nom de paloma. Déjà au loin, se profile la Dehessa, cette vaste pleine herbeuse plantée de chênes où nous nous établirons jusqu’au printemps. Nous allons retrouver les toros de Manolette, partager les glands avec les cochons du patanégra. Au Portugal, nous croiserons les chênes dont l’écorce sert a confectionner les bouchons du Vino verde. Cet hiver passé six moi durant ici sera propice à la roucoulade et à l’accouplement, avant que de retour chez nous dans le Nord, nous ne donnions naissance Bjorn et moi même à Hanna et Timo. Bien entendu, sur le chemin du retour, je ne rencontrerais pas Krixtian, sachant qu’à cette époque là il s’émerveille de l’éclosion de la nature, mais comme tous les ans rendez vous est pris là haut au mois d’Octobre ».
Oui Noora, comme tous les ans nous avons rendez vous mais, même si je ne te distingue pas au milieu de toutes tes amies, il y a toujours une journée en ces mois d’Octobre où mon cœur par ces battements accélérés me signale ta présence. Sache toutefois ma petite palombe qu’un jour qui je l’espère viendra le plus tard possible, j’effectuerai le grand voyage avec toi. Ce jour là, tes ailes emporteront mes cendres.